Mot du fondateur

Une femme d’origine française entra dans le salon fraîchement baptisé L’écritoire et s’étonna : ici, c’est un salon typiquement français… Je lui demandais en vertu de quel sentiment, de quelle impression, elle eut pu affirmer cela avec tant d’assurance… Mon accent français comme le sien ne faisant aucun doute, nous poursuivîmes en Allemand : « Et bien, me répondit-elle, j’ai visité une fois un salon berlinois… au mur, il n’y avait que des horloges… ici, il n’y que des miroirs… et vous êtes français. » L’écritoire serait-il un salon dont le logo enfin dévoilé en son logos serait comme un salon des glaces ? Mais la question reste en suspens : que voudrions-nous qu’il s’y réfléchit ? Car que nous dit cet œil malicieux ? Il interroge, nous interroge : parlez-vous le mentir-vrai ou simplement la langue de bois, la langue d’usage du commun, la novlangue ou même plus avant, jusqu’à nous, la pornolangue… car celle-là, si insidieuse, si délétère… nous faudrait-il la s’alsifier, ce qui serait peut-être, en jeu de dupe, une bonne intention si nous voulions sauver encore quelque chose, mais quoi? le rêve d’un monde de nouveau monde refait à neuf sous l’impulsion d’un sujet transcendantal qui ne serait l’expression que d’un désir d’au-delà… ou le désir insatiable d’une limite, d’une frontière, d’un horizon chaque fois nouveau que l’on souhaiterait être, pour un temps, un carcan polissant notre langue pris dans les mailles d’une pornokratie gestionnaire dévidant : haine de la Parole et de l’homme s’il n’est à son tour augmenté en puissance par sa mise en réseau et orbite pour mieux s’assurer « cette mort journalière, dont chaque sujet (…) se fait l’agent » (Jean-Claude Milner); mais de cela, il ne faut pas sourire, ni se montrer cynique, désabusé voir trop informé, car « ce qui s’y dit et s’accomplit, c’est le secret funèbre du monde moderne: la haine de lalangue, ou le regret irrité que les hommes soient parlants. » ( In Les noms indistincts, Paris, Seuil, 1983)

Notre Philosophie

Atelier d-ecriture coul

Si soigner la parole du sujet et lalangue est faire acte de résistance pour penser autrement au regard des doxas dominantes s’agglomérant autour d’un grand parti majoritaire dont la raison gestionnaire a su fonder une sage pondération d’alternance du même à l’autre du même… Si penser autrement signifie aussi panser la pensée, oser penser une autre stratégie dans le dire et ses discours qui, réfléchit à l’aune des défaites successives de l’Aufklärung, préconiserait cette sorte d’ouverture incessante de la pensée et de sa relation poétique d’avec le monde, pour faire en sorte que « les effets soient rendus inutiles à leurs causes »; Mais qui citons-nous là ? L’écritoire serait-il un brûloir de la haine des causes s’inspirant des hauts faits de l’éros ?

Les amis de l’écritoire

en cours d’élaboration. Merci de votre compréhension

Un peu d ’histoire…

Cela s’appelle L’écritoire et ça vient tout juste d’ouvrir ses portes. C’est tout nouveau. Petit entrebâillement timide, certes, mais entrebâillement tout de même, toujours la même histoire : les courants d’air n’ont cure des portes closes, ils aiment les interstices et s’y engouffrent alors tel un ouragan impétueux… Petite histoire à suivre plein d’amour et de malentendus… Voudrait-on croire qu’à L’écritoire lalangue fuse, transparente, sans défaut, simplement vagabonde disant la pieuse vérité d’un sujet policé ? Allons donc… et pensez-y ! Prenez une plume et vous verrez bien ce qu’il en sortira : lapin de cire ou poupée du désir en satin calciné ? Alors… un verre puis deux pour oublier et les anges chanteront a capella une histoire d’écritoire qui ne peut se résoudre à clore le Verbe autrement qu’en détricotant le bourrichon du « soi-même comme un autre ».

Serait-ce vrai qu’il nous faudrait mourir ? Serait-ce vrai qu’il nous faille prendre soin de nos morts ? Serait-ce vrai… que la vie, la mémoire et la mort n’ont du sexuel au parloir si peu de chose à dire que seule l’oreille salace et érectile du conteur et poète pourrait entendre sans avoir à en rougir de honte toute la contrefaçon marchande de ce désir là ?…

C’est que le temps est à la pornolangue, temps du veurbe qui ne veut ni ne peut pencher du côté de… chez Swann ; c’est le temps des nouveaux pouvoirs, de la pornokratie et de son incurie qui gagnant tous les esprits et même les plus sublimes… orchestre guerres et conquêtes hors la loi sous couvert de progrès en marche. Alors… alors… quelle antidote, quelle pharmakon s’administrer si ce n’est l’écriture, écriture de la parole, écriture en solo, écriture entre nous, entre soi et autrui, écriture au « parloir » (L’écritoire en serait-il un ?) pour faire entendre une voix singulière et plurielle chantant l’amour et l’amitié sans soda mais avec bulles si nécessaire pour faire circuler… les courants d’airs et la parole, la parole vagabonde du désir… là où justement on voudrait nous faire croire que le désir pourrait s’attraper par la queue… au trident du plaisir… le triple du plaisir ayant fonction suprême et valeur orgasmique de même acabit ?

Si lalangue est bavarde, laissons là s’écrire…

Toute maladie peut-être appelée maladie de l’âme (Novalis),. Dès lors si toute maladie affecte en premier lieu l’organe de la parole s’épelant « maladit »… nous fallait-il instituer un salon littéraire et un café philo pour soigner la parole écrite et soutenir (panser) l’acte de pensée, proposer des ateliers d’écriture en complément du salon de lecture… une offre… libertee à consommer sans modération ?

L’écriture spontanée ou créative est un acte de répétition de la parole s’écrivant, répétition et clarification de l’expression comme de toute pensées… qui ne saurait se construire, se répéter sans se nourrir de livres… livre-objets qui ne peuvent se satisfaire de dormir tel des bibelots bien ordonnés dans une bibliothèque car transmettant une expérience, une parole d’outre-tombe… Dès lors, une question se poserait… une question éthique et d’éthique…

La question… ou vouloir s’y soumettre ? (éminemment éthique) serait de savoir si les effets d’aujourd’hui (désastre écologique, guerre civile et mondiale que l’on nous présente comme des guerres régionales entre ethnies) pourraient être, pour demain, rendus inutiles à leurs causes ? Mais quelles en seraient les causes ou la cause, si cause il y a ?

L’urgence, nous dit-on, serait d’agir dans le présent  mais peut-on agir sans penser ce que la langue du commun véhicule ? Ce pourquoi L’écritoire se propose de soigner notre parole, contre la haine en son encontre si communément admise… Car affirmons-nous, la pornolangue, qui est celle de notre quotidien, délite le lien social, détruit toute relation, toute véritable mixité au prix d’un renoncement à penser, à rêver un monde autre en sa surprise d’être ce que nous n’aurions pu prévoir…

Le souci de l’efficience et de l’efficacité nous condamnerait-il à parler la pornolangue communicationnelle d’une époque sans époque (c’est-à-dire sans passée assumée et sans avenir lointain) ?

La haine de lalangue serait de mise mais peut-on raisonnablement tenir la haine de la parole pour l’une des causes principales du déclin de l’Occident qui, n’en finissant pas de mourir, précipite l’humanité entière dans une impasse nihiliste plus que nauséabonde ou simplement, en serait-elle une conséquence dont les effets seraient des plus contagieux ?

Et si haine de la Parole il y a, quelle forme revêtirait cette haine ? Haine (anthropologique) du soi-même-comme-un-autre ? Haine de la relation ? Haine du monde extérieur dont le symptôme proéminent en serait les techniques du self-care ? Ce pourquoi nous reproduirions volontiers cette admirable question de Marcel Proust: « Que pense le Commandant C. de la guerre ? comme durée, comme issue, comme présent, comme avenir. » (in Lettres retrouvées, Lettre 38, adressé à Raynaldo Hahn, Plon, 1966) Que nous reformulerions ainsi : Que pensez de notre aujourd’hui comme durée, comme issue, comme présent, comme avenir ? La haine de la Parole serait-elle le destin en déclin de notre humanité ?