Atelier d-ecriture coul

Un atelier d’écriture spontané, qu’est-ce que cela pourrait bien être ? Comment devrions nous le définir, le présenter?

Si l’écriture est un acte de retrait par excellence ou de suspension ou de pensées (de mise à l’épreuve d’une pensée)… alors oui, il pourrait paraître incongru d’écrire ensemble, ensemble c’est-à-dire attablé à une même table, en un même lieu, dans une sorte d’espace temps communément suspendu, nous voilà réunis, l’embarcation penche vers l’écriture, résolument, ça penche à la renverse et vise un trou noir en sorte d´échappée belle… sur page blanche.

On se rencontre, la parole circule, certains commencent à écrire, prendre des notes, on fait circuler des petits papiers puis… dans un timing commun, on se penche sur sa feuille blanche pour écrire (feuille commune ou non), enfin on lit, on écoute… L’expérience peut sembler curieuse, d’autant plus curieuse que la parole s’écrit parfois sans même que l’on s’en rende compte… alors la page n’est plus vraiment blanche mais seulement déjà un peu gribouillé de notes, de mots éparses distribués, éparpillés sur cette surface qui ne fut vierge qu’en apparence.

Ecoute du soi, écoute de l’autre soi, écoute d’autrui… la langue ne pourrait manquer sa cible, l’être du Dasein, son malaise, son entre deux d’être et de néant… ça clopine parfois, parfois grincement aux encoignures de l’être… mais la rencontre s’établit, ça connecte… entre soi et soi et les autres, dans une communauté de langue partagée, la polyphonie prévalant là sur le mutikulti bigarrée…

A l’abri de la langue, la parole prospère mais on la sait en danger…  Au dehors ruissèle une haine viscérale… langue hachée et fuck news et pornolangue… La terre mère en pâtit. Alors faut-il d’urgence prendre soin de la parole ? Et comment ? En l’écoutant s’écrire. Et comment ?

Il nous faut dès lors commencer… par lire la parole qui s’écrit et pour ce faire l’écrire, se mettre à nu, sur la table, donner sa peau en pâture ? Sa peau ? Au loup ou plutôt donner sa langue au chat, l’épeler, soulever une à une les fines couches du mille feuilles rêvant de mille et une histoires, se dévoilant pour mieux porter cet autre masque de la polyphonie d’un être changeant et dont la finitude s’accomplit dans le mouvement du temps – dispersion, disparition, transformation, métamorphose ou simplement dans ce retour du même à l’autre chaque fois pressenti, éprouver l’inéluctable fluidité d’une désapparition, d’un désapparaître qui en modifiant nos pourtours du dedans et du dehors ajoute d’autres masques au-dehors comme au-dedans. Et ce, toujours avec des bottes de sept lieux.